La contrainte de la longe / laisse

 

Pour beaucoup de chiens habitués à vivre et à se promener en liberté dans de grands espaces, à la campagne par exemple, se retrouver attaché pour une balade représente une contrainte quasi-insurmontable quand vient le moment d’un croisement, d’une rencontre avec un congénère. Jusqu’alors calme, serein et obéissant, le chien manifeste une frustration et une agressivité telle, que le maintenir fermement est un véritable challenge à éviter les tractions, limiter ses aboiements et poursuivre la promenade.

La laisse/ longe représente pour un chien une contrainte, celle de ne pas pouvoir faire le choix qu’il veut en matière de rencontre sociale. Lors d’une rencontre entre chiens détachés, les rites sociaux se mettent en place naturellement avec une approche en courbe, un ralentissement, bref, toute la palette de signaux corporels indiquant les intentions de chaque chien, comme le contournement, les reniflettes, les petits écarts en sautant, la position des oreilles, du corps tout entier, de la queue, voire la position statique et la distance prise volontairement par l’un des deux canidés. En laisse/ longe un tel comportement social est partiellement bridé : faire un écart, reprendre de la distance par rapport au congénère devient difficile, la longe/ laisse ne permettant pas d’utiliser l’espace libre à sa guise. Ce qui génère de l’énervement, du stress chez le ou les chiens, ce qui augmente aussi le stress du maître qui se voit dans l’impossibilité de gérer la situation qui escalade et se transforme en un rapport de force. Ce rapport de force va d’ailleurs être pour le chien une véritable stratégie de rencontre, qu’il va progressivement renforcer au gré des promenades avec croisements : grognements, tractions, babines retroussées, corps raidi et dressé, toute la panoplie est sortie !

 

Le stress du croisement, de la rencontre vient à la fois du chien et du maître : du chien tout d’abord, car il a justement mis en place cette stratégie de contact négatif en faisant une association d’idées négatives et il s’y tient ; du maître en second lieu, car son comportement est aussi source de stress. En anticipant les croisements, il manifeste de la peur et le chien se rend compte immédiatement de l’état émotionnel de son maître : les mains et bras sont crispés, la marche est saccadée, la balade n’est plus un moment de plaisir, mais un scan continu de l’environnement pour éviter les croisements, les problèmes, changer de direction, maintenir serré le chien lors d’un passage étroit.

 

Remontons le fil du temps pour trouver le premier moment où le croisement s’est mal passé dans la vie du chien : s’est-il fait agresser, a-t-il été sévèrement puni et en a-t-il créé une association négative ? A-t-il l’habitude de tirer en laisse/longe même sans stimuli ? Il est donc important de mettre en place un protocole adapté pour réduire les nuisances de promenade et faire à la fois un travail sur le maître et le chien.  Accepter de modifier son attitude (de maître) en balade, ne pas systématiquement rechercher les endroits avec de nombreux chiens (« pour faire de exercices répétés », une démarche pourtant bien trop rapide pour le chien), proposer une progression crescendo dans la proximité d’autres chiens à distances évolutives, procurer de l’activité au chien pendant sa promenade, centrée sur son maître et non plus sur l’environnement. Et surtout de la patience, de la constance pour que les petits progrès prennent le pas sur le réflexe d’opposition de votre explorateur ! Et si se promener en longe /laisse offrait aussi des attraits, des intérêts pour le maître et le chien ? Bien souvent les maîtres pensent que le fait de se promener attaché est une punition pour le chien, d’où de grandes échappées frénétiques dans les dunes, dans les champs. Un équilibre simple entre les deux alternatives permet une meilleure socialisation aux environnements et situations du quotidien. Il est temps d’essayer !

 

Article rédigé en mars 2020.